Genève est depuis longtemps un pôle de structuration pour la fortune privée internationale. Les raisons sont connues : stabilité politique, cadre juridique solide, réseau étendu de conventions bilatérales et concentration de family offices, de banques privées et de conseils spécialisés. Ce qui est moins bien compris, c’est l’instrument précis le plus souvent utilisé pour ancrer cette structure : la société holding suisse.
Une holding n’est pas un montage fiscal. Ce n’est pas une société boîte aux lettres. Utilisée correctement, c’est une structure juridique légitime, dotée de substance, qui coordonne la propriété et la gestion de biens détenus dans plusieurs juridictions. Pour les familles internationales disposant d’entreprises opérationnelles, de portefeuilles d’investissement ou de biens immobiliers répartis sur plusieurs pays, une holding suisse peut offrir des avantages structurels significatifs. Cet article expose ces avantages, leur origine, et ce qu’une holding ne résout pas.
Ce qu’est réellement une société holding suisse
Une société holding suisse est une entité juridique — le plus souvent une SA ou une Sàrl — dont le but principal est de détenir et de gérer des participations dans d’autres sociétés ou des actifs, plutôt que d’exercer elle-même une activité commerciale ou opérationnelle. Au niveau cantonal, certains cantons ont historiquement appliqué un régime fiscal préférentiel aux sociétés holding remplissant les conditions. À la suite des réformes de l’imposition des entreprises menées sous l’égide de l’OCDE en 2020 (RFFA — loi sur la réforme fiscale et le financement de l’AVS), le privilège fiscal formel des holdings au niveau cantonal a été abrogé et la Suisse est passée à un ensemble d’instruments reconnus internationalement.
Pourquoi les familles choisissent Genève plutôt qu’un autre canton
Genève n’est pas le canton le moins cher en matière d’imposition des entreprises — Zoug et Nidwald offrent systématiquement des taux combinés plus bas. L’attrait de Genève est d’une autre nature : c’est une ville d’institutions internationales, d’expertise juridique et de banque privée. Pour les familles qui ont besoin d’une structure holding dialoguant avec une gestion d’actifs transfrontalière complexe, des sociétés fiduciaires privées ou des activités de family office, Genève offre une concentration de professionnels spécialisés que de plus petits cantons ne peuvent égaler.
La dimension fiscale : exonération de participation et gains en capital
Depuis la RFFA, le principal avantage fiscal d’une structure holding suisse repose sur l’exonération de participation. En droit suisse, les dividendes reçus de filiales qualifiées — lorsque la société suisse détient au moins 10 % du capital-actions ou que la participation vaut au moins 1 million de CHF — sont largement exonérés de l’impôt sur le bénéfice au niveau fédéral. Les gains en capital sur la cession de participations qualifiées bénéficient d’une exonération similaire. Pour une famille détenant des participations importantes dans des sociétés opérationnelles ou des véhicules d’investissement, cela peut représenter un avantage structurel majeur : les gains réinvestis dans la structure ne subissent pas des couches répétées d’imposition.
Ce qu’une holding ne fait pas
Plusieurs idées reçues méritent d’être corrigées. Une holding suisse ne réduit pas automatiquement la charge fiscale personnelle des membres de la famille — celle-ci dépend des règles fiscales du lieu de résidence de chacun. Elle n’élimine pas l’impôt anticipé suisse sur les dividendes versés à des sociétés mères ou actionnaires étrangers, même si le réseau de conventions peut le réduire ou l’éliminer lorsqu’il est correctement structuré. Elle ne remplace pas une substance réelle : les règles suisses et internationales exigent qu’une holding ait une activité économique véritable, une gestion appropriée et un but commercial démontrable. Les structures sans substance font l’objet d’un examen croissant de la part des autorités suisses comme des juridictions de résidence des membres de la famille.
Usages courants pour les familles privées internationales
Dans une structure bien conçue, une holding suisse sert souvent à regrouper la propriété d’entreprises opérationnelles constituées dans plusieurs juridictions et à détenir des sociétés de portefeuille ou des véhicules dédiés à l’immobilier ou au capital-investissement.
Le rôle de la substance
Les exigences suisses en matière de substance se sont nettement renforcées ces dix dernières années, en réponse aux mesures BEPS de l’OCDE et aux engagements de la Suisse envers les standards internationaux de transparence. Une holding à Genève devrait être gérée et dirigée depuis la Suisse — séances du conseil tenues sur place, décisions stratégiques prises sur place, administrateurs qualifiés présents et impliqués. L’attente croissante n’est pas seulement que la société soit immatriculée en Suisse, mais qu’elle y soit véritablement dirigée. Pour les familles prêtes à cet engagement — ou à nommer des administrateurs professionnels dotés d’une autorité et d’une responsabilité réelles — une holding genevoise peut constituer un pilier robuste, conforme et durable d’une structure internationale.
Questions fréquentes
Une holding suisse doit-elle disposer de bureaux physiques ?
Le droit suisse et les exigences de substance impliquent qu’une simple adresse d’immatriculation ne suffit en principe pas. La société doit disposer d’une présence de gestion réelle en Suisse — généralement assurée par la combinaison d’administrateurs qualifiés, de séances régulières du conseil en Suisse et d’une prise de décision locale démontrable.
Un étranger non résident peut-il utiliser une holding suisse ?
Oui, mais les avantages fiscaux dépendent fortement de l’interaction entre la structure suisse et le pays de résidence de la personne. Toute planification fiscale transfrontalière devrait être revue par un conseil dans les deux juridictions.
Quel est le capital-actions minimum d’une SA suisse ?
Une SA suisse exige un capital-actions minimum de 100 000 CHF, dont au moins 50 000 CHF doivent être libérés à la constitution.
Une holding suisse est-elle utile aux familles dont le patrimoine est principalement immobilier ?
De manière indirecte. La holding détient généralement des actions de sociétés opérationnelles ou propriétaires de biens, et non directement l’immobilier. La détention directe d’immeubles suisses par une société contrôlée par des étrangers soulève des questions distinctes au regard de la Lex Koller.
Une société holding suisse est un instrument polyvalent et reconnu, mais ce n’est pas une solution universelle. Sa valeur dépend des spécificités de la carte patrimoniale d’une famille, de la résidence de ses membres et de la capacité de la structure à satisfaire de véritables exigences de substance. Le point de départ adéquat est une analyse attentive de ce que la structure doit accomplir — et non un modèle repris des conseils donnés à une famille voisine.
Avertissement : cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Les lecteurs ne devraient pas agir sur la base de ce contenu sans avoir préalablement consulté un professionnel au sujet de leur situation. Pour un conseil adapté à votre cas, veuillez contacter David Kohler.
